Santé sexuelle et reproductive : un enjeu clé pour la lutte contre la pauvreté
Au Sommet du Millénaire des Nations Unies en 2000, les chefs d’Etats du monde entier ont défini un ensemble de priorités pour réduire la pauvreté et la faim, promouvoir le développement et la démocratie.
Ces priorités ont été déclinées en huit objectifs, appelés Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), que les Etats sont sensés atteindre d’ici 2015. Cet engagement de la communauté internationale en faveur du développement comporte malheureusement d’importantes lacunes, qui risquent de compromettre largement la réalisation des OMD. De l’aveu même du Secrétaire général de l’ONU, ceux-ci ont peu de chances d’être atteints d’ici 2015.
L’échec du Sommet de 2000 à inclure pleinement les droits des femmes et la santé reproductive dans les objectifs du millénaire expliquent en partie ce constat préoccupant. Pour les associations féministes et de planning familial, cet échec est dû à la pression des pays conservateurs et fondamentalistes. L’ONU avait considéré à l’époque que le sujet de la santé sexuelle et reproductive était « dangereux », trop polémique et qu’il risquait de provoquer une forte opposition.
Pourtant, l’accès universel à l’information et aux services en matière de santé sexuelle et reproductive est nécessaire pour atteindre chacun des huit grands objectifs du Millénaire – et pour atteindre le but final, à savoir réduire la pauvreté de moitié d’ici à 2015.
La santé sexuelle et reproductive : un enjeu clé pour le développementEn 1994 au Caire, 179 pays se sont engagés à la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD) à mettre en place un programme d’action qui reconnaît que le droit à la santé sexuelle et reproductive, ainsi que l’autonomisation des femmes et l’égalité entre les sexes, sont essentiels pour réduire la pauvreté. Les pays ont massivement réaffirmé leur engagement à l’égard de ce programme en 2004, à l’occasion du dixième anniversaire de la CIPD.
Trois des Objectifs du Millénaire ont trait à la santé : améliorer la santé maternelle, lutter contre le VIH/SIDA, réduire la mortalité infantile. Un quatrième Objectifs concerne l’égalité entre les sexes et l’autonomisation des femmes. Ces objectifs recoupent complètement l’agenda de la conférence du Caire.
« L'accès aux droits et aux services en matière de santé sexuelle et génésique est la principale clé permettant de garantir la maîtrise démographique, de réduire la mortalité maternelle et infantile, de prévenir une propagation exponentielle du VIH/SIDA, de mettre en place une action ciblée sur l'égalité entre les sexes, et de promouvoir la santé et la réduction de la pauvreté, en tant que cause et conséquence. Il nous faut absolument prendre conscience que la majeure partie des objectifs du Millénaire pour le développement ainsi que l'objectif global d'éradication de la pauvreté ne seront pas réalisés si les objectifs de la CIPD ne sont pas atteints. » déclarait récemment Anne Elsen au nom de la présidence luxembourgeoise du Conseil de l’Union européenne.
2005 : une occasion à saisir pour réintégrer la santé reproductive dans les priorités des Etats
Les Objectifs du Millénaire constituent le nouveau cadre international de toutes politiques de lutte contre la pauvreté. Les Etats sont donc amener à concentrer leurs politiques sur ces objectifs. Tout ce qui n’est pas défini comme un OMD risque d’être relégué au second plan dans les priorités de développement. Du coup, le soutien politique et financier en faveur de la Conférence du Caire pourrait diminuer durablement. L’exclusion de ces enjeux du cadre des OMD rendra l’accès aux financements beaucoup plus difficile.
Depuis 2000, une multitude d’acteurs - au niveau des institutions européennes, des réseaux internationaux de parlementaires, de l’ONU, de la société civile - ont reconnu l’importance de la Conférence du Caire pour atteindre les Objectifs du Millénaire. L’année 2005 donne l’opportunité aux gouvernements d’intégrer la santé reproductive dans le plan d’action mondial pour le développement. En septembre, les chefs d’Etats du monde entier se sont en effet réunis pour faire le point sur la réalisation des OMD.
Quelques mois avant ce Sommet, le secrétaire général de la Fédération internationale du planning familial (IPPF) déclarait : « les dirigeants du monde, les organisations inter-gouvernementales et la société civile dans leur ensemble seront jugés sévèrement s’ils échouent à saisir l’unique opportunité [qu’offre le sommet de l’ONU de septembre 2005] de placer les questions de santé sexuelle et reproductive dans le processus des Objectifs du Millénaire(…). Nous ne pouvons pas laisser gagner ceux qui s’opposent à ce que la santé sexuelle et reproductive occupe cette place, pas plus que nous ne pouvons laisser les accords politiques passés avec les Etats Unis miner nos efforts.».
Malgré les réticences des Etats Unis et grâce à une forte mobilisation des associations féministes et de planning familial, un consensus relativement acceptable s’est dégagé au Sommet de l’ONU sur les efforts à engager pour promouvoir l’égalité des sexes et améliorer l’accès à la santé reproductive. Malheureusement, des pays donateurs, et particulièrement les Etats Unis, ont refusé de s’engager à consacrer 0,7% de leur PIB à l’aide publique au développement. On peut dès lors se demander comment les engagements politiques en matière de droits des femmes vont pouvoir se traduire en actions sans aides financières substantielles des pays riches.
Ce que la France peut faire en tant que pays donateur :