le suivi du Caire par les parlementaires
Des parlementaires engagés sur les questions de population s'organisent
Pour atteindre les objectifs du Plan d'action du Caire, le Fonds des Nations Unies pour la Population (FNUAP) a souligné le rôle fondamental des parlementaires et de la coopération entre parlementaires des différentes régions. Ils sont en effet à même de faire pression auprès des gouvernements qui, souvent pleins de bonnes intentions lors des conférences internationales, tardent ensuite à mettre en ½uvre les plans d'action. Les gouvernements des pays donateurs, dont la France, ont une responsabilité particulière car ils mobilisent rarement les fonds nécessaires pour aider les pays en voie de développement à promouvoir des services de planification familiale adéquats.
Conscients de ces enjeux, des parlementaires
se sont organisés aux lendemains de la Conférence
du Caire. A travers le monde, se sont constitués des
groupes parlementaires nationaux tous partis confondus sur
les questions de Population. Ces groupes se sont fédérés
en forums régionaux, réunissant des parlementaires
de différents pays. Il en existe aujourd'hui dans les
principales régions du monde.
Dix ans après l'adoption du Plan d'action du Caire
et compte tenu à la fois du retard pris dans son application
et des tentatives de certain Etats de revenir sur leurs engagements,
cette mobilisation parlementaire demeure essentielle.
Les parlementaires au niveau européen
Née d'une initiative parlementaire franco-britannique en 1998, le Forum parlementaire inter-européen sur la population et le développement (FPIEPD) a été lancé officiellement lors d'une rencontre à Paris en décembre 2000. Cette structure rassemble des groupes parlementaires nationaux tous partis politiques confondus, formels ou informels, qui travaillent sur des questions liées à la population, la santé, les droits sexuels, l'égalité des sexes?
Le FPIEPD cherche à renforcer le soutien politique et public en faveur des programmes de santé sexuelle et reproductive dans le monde. Il organise régulièrement des audiences parlementaires, des visites d'études et des réunions régionales et internationales. Ces activités sont menées dans la perspective d'une plus grande compréhension de la santé et des droits en matière de sexualité et de reproduction, ainsi que du rôle central de ceux-ci dans toute politique liée au développement.
Treize pays d'Europe continentale, ainsi que le Parlement Européen sont aujourd'hui membres du FPIEPD. Depuis 2001, la France a renforcé sa représentation au sein du Forum : la Délégation aux droits des femmes et le groupe d'études Population de l'Assemblée Nationale, ainsi que le groupe d'études Démographie et population mondiale du Sénat en sont membres. Le Forum collabore également avec le Conseil de l'Europe et le FNUAP, ainsi qu'avec de nombreuses ONG.
Première conférence internationale des parlementaires à Ottawa
Les 21 et 22 novembre 2002, une conférence internationale des parlementaires sur la Population et le Développement s'est tenue à Ottawa, Canada. Plus de 130 parlementaires de différentes régions du monde se sont penchés sur l'application du programme d'action de la Conférence du Caire.
Aujourd'hui, les principaux acteurs institutionnels et associatifs, dont la Fédération Internationale pour la Planification Familiale (IPPF), constatent que les engagements du Caire ont du mal à se traduire concrètement sur le terrain, particulièrement dans les pays en voie de développement. Malgré les avancées réalisées depuis 1994, des dizaines de millions de personnes n'ont toujours pas accès aux services et aux informations de base sur la santé.
Face à ce constat, des parlementaires de différents continents se sont réunis à Ottawa pour remettre à l'ordre du jour les engagements pris par les Etats au Caire et faire le point sur l'application du Plan d'action. Cette conférence, organisée sous l'égide du FNUAP, du FPIEPD et de l'IPPF, a permis aux parlementaires d'identifier des actions spécifiques visant à sauvegarder et à promouvoir les droits reproductifs des femmes. Elle a été l'occasion pour eux de renouveler leur soutien au Plan d'action du Caire, dans un contexte de remise en cause par certains Etats des acquis en matière de droits des femmes. Elle a aussi été une occasion de promouvoir le dialogue et l'échange d'expérience entre parlementaires de différentes régions du monde.
Des parlementaires françaises présentes à Ottawa
La France s'est mobilisée pour participer à cette rencontre de haut niveau. Trois parlementaires françaises ont participé à la Conférence: mesdames Danielle Bousquet (PS) et Claude Greff (UMP), membres de la Délégation aux droits des femmes de l'Assemblée Nationale, et madame Marie Claude Beaudeau (PC), sénatrice du Val d'Oise. C'est avec le plus vif intérêt et le plus fort engagement - selon leurs propres mots - que les trois parlementaires ont participé à l'ensemble des travaux. Elles se sont engagées à relayer auprès du gouvernement français l'inquiétude des ONG quant à la politique du gouvernement Bush et ont explicitement formulé leur soutien au Plan d'action du Caire.
Extraits de la Déclaration d'Ottawa
« Nous, Parlementaires du
monde entier, venons à Ottawa pour réaffirmer
notre engagement envers le Programme d'action de la Conférence
internationale sur la population et le développement
et pour nous engager à agir afin de faire progresser
la mise en oeuvre du Programme d'action et des principales
mesures identifiées dans l'examen mené cinq
ans après.
[?]. Nous reconnaissons et acceptons en outre le fait que
la population est un problème transversal qui a un
impact sur tous les autres problèmes de développement
et qui occupe donc une place centrale dans la réalisation
des objectifs de développement pour le Millénaire,
en particulier ceux qui visent à éliminer la
pauvreté et la faim; à améliorer la santé
maternelle, y compris les efforts menés pour lutter
contre l'avortement pratiqué dans des conditions dangereuses
et pour promouvoir la santé et les droits en matière
de reproduction et de sexualité; combattre le VIH/sida;
assurer l'enseignement primaire universel; et promouvoir l'égalité
entre les sexes et l'affranchissement des femmes.
Nous reconnaissons en outre les faits suivants :
Il manque 34 % des fonds nécessaires pour atteindre
le chiffre mondial convenu de ressources pour 2000, qui est
de 17 milliards de dollars pour les programmes de population
et de santé en matière de reproduction - 24
% sur le plan des ressources intérieures et environ
55 % sur celui des ressources extérieures.
Appel à l'action :
« Nous, Parlementaires réunis
à Ottawa, nous engageons à prendre les mesures
suivantes et lançons un appel aux Parlementaires, partout
dans le monde, pour qu'ils s'y engagent aussi :
- Faire tout le possible pour affecter jusqu'à 5 à
10 % des budgets nationaux de développement aux programmes
de population et de santé en matière de reproduction.
- Faire tout le possible pour atteindre l'objectif convenu
d'affecter à l'aide publique au développement
(APD) 0,7 % du PNB et n'épargner aucun effort pour
mobiliser le montant estimatif convenu de ressources financières
indispensables à la mise en oeuvre du Programme d'action
de la CIPD.
- Donner un rang élevé de priorité à
l'accès universel aux services et produits de santé
en matière de reproduction dans le cadre des politiques
nationales de santé et de réduction de la pauvreté,
sur le plan tant des allocations budgétaires que des
activités de programme.
- Promulguer, faire connaître et imposer des lois et
politiques de nature à promouvoir et protéger
les droits fondamentaux des fillettes et des jeunes femmes,
à assurer l'accès égal et la pleine participation
des femmes à la prise de décisions à
tous les niveaux, et à éliminer toutes les formes
de violence, de coercition et de discrimination contre les
femmes, y compris diverses formes de pratiques traditionnelles,
culturelles et religieuses qui leur sont nuisibles.
- Faire disparaître tous les écarts et inégalités
entre les sexes dans l'éducation, l'emploi et les moyens
d'existence, adopter et imposer des mesures propres à
assurer l'éducation des filles, développer leurs
compétences techniques et professionnelles et leur
enseigner à lire et à écrire.
- Promouvoir la réduction de la mortalité et
de la morbidité maternelles ainsi que du nombre d'avortements
pratiqués dans des conditions dangereuses, à
la fois en tant que priorité de la santé publique
et que préoccupation relative aux droits en matière
de reproduction.
- Soutenir l'éducation sanitaire afin de faire prendre
conscience des risques liés à la grossesse,
au travail et à l'accouchement, et d'approfondir la
compréhension des rôles et responsabilités
respectifs des membres de la famille, notamment des hommes,
s'agissant de promouvoir et de protéger la santé
maternelle.
- Susciter la volonté politique nécessaire pour
élaborer des politiques du VIH/sida et les intégrer
aux politiques nationales de santé en matière
de reproduction, et mettre en oeuvre les plans d'action nationaux;
promulguer une législation propre à garantir
le respect des droits fondamentaux et la dignité des
personnes atteintes du VIH/sida et des orphelins du sida;
et dispenser l'éducation et les services nécessaires
pour prévenir la transmission de toutes les formes
d'infections sexuellement transmissibles, dont le VIH/sida,
et pour offrir le traitement de ces infections.
- Veiller à ce que les adolescents, tant scolarisés
que non scolarisés, reçoivent l'information
nécessaire dans les langues appropriées, aussi
bien que des services et des occasions de participer à
la planification des politiques et programmes qui leur sont
destinés et de faire des choix et prendre des décisions
responsables et informées concernant leurs besoins
sur le plan de la santé en matière de reproduction
et de sexualité.
- N'épargner aucun effort pour assurer d'ici l'an 2015
l'accès universel aux services et produits de santé
en matière de reproduction, en encourageant les gouvernements,
les donateurs, la société civile et le secteur
privé à travailler ensemble, avec l'appui des
gouvernements, à atteindre cet objectif.
Conférence internationale des parlementaires sur le programme du Caire
La deuxième conférence internationale des parlementaires sur le suivi de l’application du programme du Caire s’est tenue les 18 et 19 octobre 2004 au Conseil de l’Europe à Strasbourg. 250 personnes, dont 130 parlementaires et plusieurs ministres de tous les continents se sont réunis à cette occasion. En l’absence de conférence internationale des Nations Unies, cette manifestation est la seule occasion pour des décideurs politiques du monde entier de faire le bilan d’application du programme du Caire et de débattre des enjeux à venir. Cette conférence s’est conclue par l’adoption d’une déclaration d’engagement qui précise des mesures concrètes à prendre par les parlementaires pour renforcer la mobilisation des ressources et la création d’un environnement favorable à la mise en oeuvre du programme du Caire.
Dans cet appel à action, les parlementaires ont convenu que le programme du Caire était essentiel pour réaliser les Objectifs de Développement du Millénaire et se sont engagés à faire tout leur possible pour qu’un neuvième Objectif soit ajouté à ce plan de lutte contre la pauvreté. Les parlementaire se sont aussi engagés à agir pour que 10% de l’aide publique au développement soit affecté à des programmes de population et de santé génésique.
Des représentantes de la délégation aux droits des femmes de l’Assemblée nationale ont participé à ce rendez vous. Le MFPF était également présent.
Extraits de la Déclaration d’engagement de Strasbourg
Nous, parlementaires venus du monde entier, nous réunissons à Strasbourg (France) les 18 et 19 octobre 2004 pour réaffirmer et approfondir l’engagement que nous avons pris à Ottawa (Canada) en novembre 2002 de mobiliser les ressources nécessaires et de créer l’environnement politique propice à la réalisation des objectifs du Programme d’action de la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD).
Nous réaffirmons en outre notre engagement en faveur du développement durable et de ses trois piliers: la croissance économique, le progrès social et la protection de l’environnement. Nous affirmons que l’application du Programme d’action de la CIPD et son examen après cinq ans sont essentiels pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le Développement. (MDG).
Nous approuvons pleinement la déclaration du Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan: “Les objectifs du Millénaire pour le développement, en particulier l’élimination de l’extrême pauvreté et de la faim, ne peuvent être atteints à moins d’aborder de front les problèmes de population et de santé génésique. Cela signifie qu’il faut déployer davantage d’efforts pour promouvoir les droits des femmes et investir plus dans l’éducation et la santé, notamment la santé génésique et la planification familiale”.
Nous acceptons notre devoir et notre responsabilité de promouvoir et de défendre les droits et la santé de tous les individus en matière sexuelle et génésique, notamment leur droit de décider librement et de manière responsable du nombre de leurs enfants et de l’espacement des naissances; de défendre et faire progresser l’égalité et l’équité entre les sexes et la responsabilisation des femmes; et d’éliminer toutes les formes de discrimination, de coercition et de violence contre les femmes.
Nous reconnaissons que la décision de défendre ces principes fait toute la différence entre une vie d’espoir et de perspectives et une vie de désespoir et d’affliction ou, pire encore, entre la vie et la mort. Nous acceptons donc notre devoir et notre responsabilité de protéger et de promouvoir ces principes et de faire en sorte qu'ils soient pleinement mis en oeuvre d'ici à 2015.
[…]Nous, parlementaires, nous engageons à prendre les mesures suivantes et appelons les parlementaires du monde entier à faire de même:
Nous, parlementaires, nous engageons à prendre ces mesures et à suivre de manière systématique et active les progrès accomplis en la matière. Nous nous engageons en outre à rendre compte régulièrement de ces progrès par l’intermédiaire des groupes parlementaires et à nous rencontrer de nouveau dans deux ans pour évaluer les résultats obtenus. Enfin, nous prenons l’engagement de promouvoir et de protéger pour chacun la pleine jouissance de ses droits humains -notamment sexuels et génésiques- et de ses libertés fondamentales.