questions de sexualité
Contraception
La pilule

Accès à la contraception et à l'IVG en France
Résultats de l'enquête GINE

Une couverture contraceptive élevée mais des échecs fréquents

Bien que l'utilisation des méthodes médicales (pilule, stérilet) soit très répandue en France, les échecs de contraception restent fréquents.
Si la proportion de femmes qui ne souhaitent pas d'enfant et qui n'ont pas de contraception demeure très faible (2,6 %), il reste que 12,2 % des filles (8,4 % des garçons) ont aujourd'hui leurs premiers rapports sexuels sans contraception.
Mais aussi, et surtout, le fait de déclarer utiliser une méthode de contraception ne signifie pas pour autant que cette utilisation soit régulière et efficace, quelle que soit la méthode considérée.
Le recours à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) est resté stable au cours de ces dernières années et le taux d'IVG est de l'ordre de 15 °/°° femmes en âge de procréer.
Une légère augmentation a toutefois été enregistrée pour les femmes de moins de 25 ans
(de 21 °/°° à 24 °/°° pour les 20-24 ans et de 6 °/°° à 7 °/°° pour les 15 - 18 ans).
Au total, environ 210 000 IVG sont ainsi pratiquées chaque année. La France se situe à un niveau moyen par rapport aux autres pays d'Europe. Ces données conduisent à s'interroger sur l'accessibilité et l'acceptabilité des différentes méthodes de contraception et sur les circonstances du recours à l'IVG.

Une recherche pluridisciplinaire approfondie

L'unité 292 de l'INSERM a lancé un grand programme de recherches sur le sujet, qui comprend une enquête quantitative auprès de 7000 femmes, et une enquête qualitative.
Les résultats de l'enquête qualitative permettent de mettre à jour les mécanismes à l'origine des échecs de contraception, les motivations qui conduisent les femmes à interrompre leur grossesse ou encore les conditions d'accès au système de soins, ils peuvent utilement alimenter la réflexion sur le contenu et la forme des mesures publiques visant à réduire les grossesses non prévues dont l'issue est une IVG.
L'enquête a été menée (en 1999 et en 2000) à partir d'entretiens approfondis auprès de 80 femmes ayant eu une grossesse accidentelle dans les 3 dernières années. Les femmes ont été recrutées par des annonces dans la presse féminine et par l'intermédiaire de médecins et de centres de planification familiale. Une attention particulière a été portée aux femmes mineures, aux femmes ayant dépassé le délai légal de recours à l'IVG et aux femmes d'origine étrangère. L'échantillon est diversifié du point du vue de l'âge, du nombre d'enfants, de la situation familiale, professionnelle, du milieu social et de la zone de résidence.
Les deux tiers des femmes interrogées ont eu recours à l'IVG et un tiers a poursuivi la grossesse.

L'enquête montre que les grossesses non prévues correspondent à des situations très hétérogènes. Toutes traduisent néanmoins les difficultés que rencontrent les femmes à adopter sur le long terme une pratique qui s'inscrive dans la norme, celle d'une maîtrise parfaitement efficace de leur contraception, difficultés liées au caractère contradictoire des injonctions normatives auxquelles elles sont soumises. Certaines grossesses apparaissent toutefois comme des événements, certes qualifiés d'imprévus par la femme, mais finalement bien acceptés, voire bienvenus, et qui donneront lieu à la naissance d'un enfant. Pour d'autres, l'IVG représente un moment dans leur trajectoire contraceptive qui correspond à une décision souvent difficile à prendre mais qu'elles ne regrettent pas pour autant.

Des difficultés de la pratique contraceptive

Les raisons à l'origine de la survenue d'une grossesse non prévue sont de différents ordres et jouent souvent de manière concomitante.

1/ Un rapport favorable à la contraception

Il s'agit ici des femmes qui ne souhaitaient pas être enceintes et se situaient clairement dans une démarche contraceptive. Ce sont les situations les plus fréquemment rencontrées dans notre enquête. Ces grossesses donneront lieu le plus souvent à des IVG qui apparaissent pour la plupart difficilement évitables.

L'accident de méthode

Ces échecs renvoient à l'efficacité pratique d'une méthode qui diffère de son efficacité théorique. C'est l'exemple de la grossesse sous stérilet, de la pilule que l'on ne se souvient pas d'avoir oubliée, du préservatif mal utilisé.

La méthode inadéquate

Certaines grossesses paraissent dues à l'inadéquation de la méthode utilisée à la vie sexuelle ou aux conditions de vie de la femme.
La logique médicale de recherche de l'efficacité maximale, qui conduit souvent les médecins à prescrire la pilule dès lors qu'il n'existe pas de contre-indications, se heurte ici à une limite psycho-sociologique que les praticiens ne sont pas toujours préparés à prendre en compte.
Le choix d'une méthode mieux appropriée aux besoins des femmes aurait permis d'éviter certains de ces échecs.
Pour Anna, 37 ans, agent hospitalier, mère de 3 enfants, la pilule qui lui a été prescrite n'apparaît pas le moyen de contraception le plus appropriée à sa vie affective et sexuelle du moment. Engagée dans une relation stable mais clandestine, avec un homme marié qu'elle a rencontré sur son lieu de travail, elle oublie souvent sa pilule car "quand on prend la pilule et que l'on a quelqu'un dans son lit, on y pense tous les soirs, mais quand on a personne dans son lit, on y pense rarement".

Entre déficit d'information et reconnaissance sociale de la sexualité

Quelques grossesses sont directement liées à un véritable déficit d'information, surtout flagrant chez certaines très jeunes femmes. Souvent sensibilisées au risque de l'infection à VIH, elles relèguent au second plan les enjeux contraceptifs.

Dans la mesure où la sexualité est très tabou dans la famille de Sonia (17 ans) et où sa mère considère qu'elle est " beaucoup trop jeune pour avoir des relations sexuelles ", cette dernière n'informe pas sa fille sur la contraception. Dans ce contexte, il est important pour Sonia de maintenir sa sexualité secrète. Sonia commence sa sexualité avec un partenaire n'ayant lui même jamais eu de rapports sexuels, aussi, ils "ne devaient pas mettre des préservatifs pour le sida"
et ils "faisaient attention" en utilisant toujours des préservatifs le 14ème jour du cycle. Sonia évaluait le jour de son ovulation en référence aux connaissances acquises à l'école et dans les livres. Elle se pensait protégée du risque de grossesse non prévue, d'autant plus que deux de ses amies faisaient de même sans avoir rencontré de problèmes.
Pour se situer dans une démarche informative et bénéficier véritablement des informations diffusées, encore faut-il se sentir autorisée à être concernée.

La contraception au coeur des rapports homme/femme

D'autres femmes enfin avaient averti leur partenaire de la nécessité d'utiliser une contraception au moment même de l'acte sexuel. Malgré leur demande explicite, leur partenaire a refusé d'utiliser le préservatif ou de se retirer.
Noémie, 30 ans, est étudiante quand elle rencontre son partenaire, avocat, marié et père de 2 enfants. Sa vie contraceptive s'est toujours déroulée sans problème et elle a utilisé la pilule pendant de nombreuses années. Logiquement, elle demande à son partenaire d'utiliser des préservatifs à cause du sida "au début j'avais insisté, je lui ai dit : tu sais très bien y'a pas que les bébés, il y a autre chose et puis il avait eu aussi une vie assez mouvementée avant donc je trouvais que c'était normal et je trouvais que c'était obligatoire... Je me souviens quand je bataillais avec lui pour les préservatifs, il me disait : je suis pas malade ".
À l'enquêtrice qui lui demande si son partenaire avait conscience de la possibilité d'une grossesse, Noémie répond " ... Lui c'est quelqu'un qui n'a pas conscience de grand chose, il ne se rend pas bien compte des dangers en général ... ".
En dépit de son insistance pour utiliser un préservatif, Noémie se sent largement responsable de la survenue de cette grossesse.
Elle décrit la situation avec beaucoup de lucidité : "Non ça lui plaisait pas alors j'ai insisté ... Et puis un jour je me suis laissée faire. Hein je ne le nie pas, c'est pour ça que je ne lui en ai pas voulu... J'étais là les yeux ouverts et j'ai bien vu ce qui m'arrivait donc mais je m'y attendais quand même pas ".
Le risque de grossesse apparaît ici lié à la priorité (reconnue aussi bien par la femme que par l'homme) accordé au plaisir sexuel masculin. Ces situations s'inscrivent au coeur même des rapports sociaux de sexe, et renvoient plus précisément à la reproduction de la domination masculine qui ne relève pas de mesures préventives en santé publique.

L'infertilité supposée

D'autres grossesses, enfin, surviennent parce que les femmes se croyaient infertiles. Elles pensaient ne pas avoir besoin de se protéger, soit parce qu'un médecin leur avait signifié leur infécondité, ou leur hypofertilité, soit parce qu'elles avaient essayé en vain d'être enceintes, généralement dans une relation précédente, et qu'elles arrivaient à un âge (vers la quarantaine) où elles se pensaient peu susceptibles, même d'un point de vue physiologique, d'être enceintes.

2/ La contraception au service de l'ambivalence

Un deuxième groupe comprend des femmes, plus ou moins ambivalentes quant au désir de grossesse, pour lesquelles l'échec de contraception semble permettre de sortir de leur incertitude sur l'avenir de leur couple, leur projet d'enfant, ...
Pierrette, 23 ans, étudiante, utilise la pilule à partir du moment où sa relation avec son futur conjoint se stabilise. Mais cette méthode lui pose de nombreux problèmes : "j'ai changé cinq fois de pilule en un an, et puis rien n'allait, j'étais toujours malade, j'avais tout le temps quelque
chose ". Bien qu'elle éprouve des effets secondaires multiples, son partenaire, hostile au préservatif, lui demande à plusieurs reprises de reprendre la pilule.
Après avoir essayé plusieurs marques, elle décide finalement d'arrêter d'autant que son partenaire étant à Paris, ils n'ont pas des relations très fréquentes. "Comme on se voyait pas trop souvent, donc on faisait plus ou moins attention, et un jour, on a pas fait attention et je suis tombée enceinte ".
Elle reconnaît ensuite s'être trompée dans les dates : "J'avais mal calculé dans ma tête " et avoir envie d'un enfant avec lui. La réticence du partenaire à l'égard des préservatifs a permis de précipiter la venue d'un enfant chez un couple désireux de fonder une famille.
Certaines de ces grossesses donneront néanmoins lieu à une IVG dont la plupart semblent inévitables car l'échec ne relève ici ni d'un problème d'information, ni d'un échec contraceptif au sens classique.

3/ L'impossible démarche contraceptive

Enfin, un dernier groupe concerne quelques femmes qui ne "peuvent" pas s'inscrire dans une démarche contraceptive car elles se trouvent généralement dans une situation tellement difficile, tant du point socio-économique que du point de vue personnel, que la question de la contraception, qui présuppose une capacité sociale à maîtriser sa vie, ne peut pas se poser.
L'histoire de Flore, 39 ans, assistante vétérinaire, rend ainsi compte d'une forme extrême d'impossibilité contraceptive. Flore a subi un viol à l'âge de 10 ans et ne supporte pas de voir un gynécologue.
Pour d'autres, leur activité sexuelle est tellement imprévue et rare qu'elles n'ont plus le "réflexe contraception". Pour ces femmes, l'issue de leur grossesse a été une IVG.

La décision d'interrompre la grossesse : un acte responsable loin d'être anodin pour les femmes

Loin de correspondre à un comportement " égoïste " qui conduirait la femme à interrompre la grossesse parce qu'elle intervient à un moment qui ne lui convient pas, la décision de recourir à l'IVG renvoie aux représentations sociales du bon moment et des bonnes conditions pour être mère.
La décision d'interrompre la grossesse ne se résume pas, loin s'en faut, à l'existence ou non d'un refus d'enfant. Des femmes ont poursuivi leur grossesse alors qu'elles ne souhaitaient pas être enceintes à ce moment-là. D'autres évoquent un désir d'enfant mais ont finalement recours à l'IVG, le plus souvent parce que la relation avec leur partenaire leur paraît trop incertaine.
Cela concerne alors essentiellement les relations débutantes ou éphémères.
Lorsque la relation est harmonieuse, les conditions de vie ou la volonté de préserver l'équilibre familial sont souvent à l'origine de la décision d'interrompre la grossesse. Ainsi, certains couples ne peuvent matériellement assurer l'éducation d'un (autre) enfant, quand la femme et/ou son partenaire se trouvent en situation de précarité professionnelle, ou quand la grossesse intervient très précocement après une naissance.

REFERENCES

Dossier du planning
La contraception en 2000 en France

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